Genève internationale

Constat

La Genève internationale fête cette année ses 150 ans. Les débuts de la formidable présence de Genève sur la scène internationale coïncident en effet avec la création en 1863 de la Croix-Rouge, par celui qui reste comme un des Genevois les plus célèbres, Henri Dunant.

Depuis, Genève n’a cessé de développer sa composante internationale, qu’elle soit publique, par le biais des grandes agences onusiennes, des missions permanentes ou des ONG, ou privée, avec la présence d’un nombre impressionnant de sièges mondiaux ou européen de grandes entreprises.

Genève est le premier centre de gouvernance mondiale, avant New York, au niveau du nombre de conférences et de réunions internationales qui s’y tiennent annuellement, à savoir 2’700. Le personnel des organisation internationales, des missions permanentes, ainsi que les membres de leurs familles représentent ainsi 42’000 personnes.

Les multinationales implantées à Genève emploient de leur côté plus de 46’000 personnes soit 17% de la main-d’œuvre cantonale. Elles paient chaque année environ 430 millions d’impôts au canton et aux communes.

Au-delà des chiffres, la présence de toutes ces entités internationales contribue à façonner le visage de Genève, riche d’une diversité culturelle que nous devons défendre, dans un domaine où rien n’est acquis.

Vision

La Genève internationale, jusqu’à aujourd’hui, a surfé sur la vague du succès, ne cessant de renforcer son secteur public et privé.

Mais quelques nuages commencent parcourir le ciel, le départ – douloureux –de Merck-Serono ayant été un signal annonciateur de temps plus durs.

Sur le plan des organisations internationales, la décision en 2012 du Green Climate Fund de choisir de s’établir en Corée du Sud plutôt qu’à Genève montre là aussi que la concurrence entre capitales internationales devient de plus en plus féroce.

Nous devons ainsi réfléchir à la stratégie d’accueil que nous souhaitons développer.

Devons nous faire des choix, en ne cherchant plus systématiquement à accueillir « tout le monde ». Devons-nous nous tourner vers des secteurs bien précis au risque de voir certains domaines d’activité quitter Genève ?

Ce qui est sûr est que Genève possède encore et toujours un nombre impressionnant d’avantages que beaucoup nous envient. A nous de les mettre en valeur, en montrant aux entreprises et aux organisations internationales que nulle autre endroit au monde ne leur permet, comme à Genève, de retrouver autant d’acteurs et de compétences de premier ordre sur un si petit territoire. 

Méthode

Il est impératif de renforcer les ponts entre la Genève « locale » et la Genève internationale. Même si ces deux facettes de notre canton sont extrêmement imbriquées, un travail d’explication du rôle de chacune d’entre elle doit sans cesse être réalisé.

Notre canton, sans sa composante internationale, sans la présence de près de 50% d’étrangers sur son sol – que nous réussissons à intégrer sans verser dans le communautarisme – ne serait que l’ombre de lui-même.

Mais il s’agit également de sensibiliser la communauté internationale aux valeurs et aux traditions qui forment les fondements de notre société, afin d’éviter certaines incompréhensions mutuelles, sources de tension.

J’essaie donc, en ma qualité de magistrat en charge du Bureau de la Genève intercantonale, de sans cesse travailler au dialogue entre ces deux facettes de la Genève cosmopolite.

Sur le plan national, un effort permanent doit être réalisé pour expliquer notamment aux parlementaires fédéraux que la Suisse, sans Genève et sa composante internationale, ne serait pas la même et inversement.

Canton connaissant des flux migratoires marqués, Genève profite également de la présence sur son sol d’un nombre impressionnant de diplomates de haut rang, avec lesquels les Autorités cantonales et fédérales peuvent avoir un dialogue direct, ce qui représente un avantage inestimable et permet de régler directement certaines problématiques en développant par exemple des partenariats migratoires.

Résultat

Grâce à sa nouvelle Constitution, votée par le peuple en octobre dernier, le canton de Genève se dotera dès la prochaine législature d’un Département présidentiel, sous l’égide duquel seront réunies toutes les composantes de la Genève internationale, pour l’heure réparties entre plusieurs entités.

Maire de la Ville de Genève entre 2011 et 2012, j’ai pu mesurer tout l’impact de l’image de notre Cité à l’étranger.

Ce regroupement permettra ainsi au dossier de la Genève internationale d’être porté au plan politique par une seule et même personne, apportant ainsi davantage de visibilité et de cohérence à l’action du Conseil d’Etat en la matière.

A cet égard, il faut saluer l’important travail réalisé par le Délégué à la Genève internationale pour montrer au grand public mais également aux acteurs politiques l’étendue et la richesse des activités de la Genève internationale.

Par ailleurs, le Conseil d’Etat soutient de nombreux projets visant à renforcer les avantages comparatifs de la Genève internationale, comme le Centre pour la coopération mondiale qui verra prochainement le jour sur le site du Domaine de Penthes.