Quand le député Montebourg se fend d'un "Rebond" dans Libé (édition du 02.01.2007) pour fustiger la politique fiscale de Suisse et de ses cantons, c'est en méconnaissance de cause et en absence de tout recul qu'il prend le risque de prendre le rebond en retour...
Qu'on en juge : "La République de Genève (sic) propose aux sièges sociaux des entreprises un taux d'imposition de 6,4% contre 33% en France, 30% en Angleterre, environ 30% en Allemagne. Il est par ailleurs démontré que ce paradis fiscal pratique des taux d'imposition sur mesure, négociés préalablement avec l'entreprise et pour une durée préfixée et hors la vue de son propre parlement."
De prime abord, on pourrait croire que les socialistes français ont enfin compris l'intérêt de voir l'impôt baisser pour capter ou à tout le moins conserver un certain nombre de contribuables, personnes physiques comme personnes morales. Mais il n'en est rien ! Car au terme de la démonstration, le matamore "noniste" (il avait pris position contre le projet de traité constitutionnel pour l'UE) propose le blocus de la Confédération. Rien que ça. Encore un peu et M. Montebourg déclarera l'annexion militaire, pour peu qu'on le nomme ministre de la défense plutôt que ministre des finances de l'hypothétique gouvernement socialiste dont on souhaite de moins en moins qu'il ne voie le jour en juin prochain.
En tout cas, on se réjouit déjà de voir le blocus inversé de la France, avec sa cohorte de frontaliers empêchés de sortir de leur pays de résidence, ses entreprises privées des juteux débouchés qu'offre le marché helvétique et la fin du régime très favorable à nos voisins de ristourne sur l'impôt à la source. De l'art de se tirer une balle dans le pied avec outrance...
De plus, factuellement, M. Montebourg se trompe (volontairement ou non) : l'impôt sur les revenus des sociétés s'élevait en 2004 à près de 25% en Suisse, soit deux fois plus qu'en Irlande. Et comme le rappelait récemment la conseillère nationale Martine Brunschwig Graf, ancienne Ministre genevoise des finances : "Lorsque des allégements fiscaux sont consentis, ils le sont dans le cadre de la loi, selon des règles claires et précises, pas d'après la tête du contribuable !" Dans le monde entier, des entreprises délocalisent leur siège pour toute sorte de raisons. La fiscalité n'en est qu'une parmi d'autres, comme la présence d'organisations internationales, l'existence de centres de recherche, la qualité de l'environnement... ou l'action déterminée d'autorités moins rétives à l'économie privée qu'ailleurs.
En fait, M. Montebourg, plutôt que de fustiger le pays voisin en oubliant au passage les nombreux pays concurrents (en tout cas au plan fiscal, comme par exemple la Belgique, l'Angleterre ou encore l'Irlande) de la France à l'intérieur de l'Union européenne, devrait sans doute s'interroger sur ce qui conduit un certain nombre de personnes et de sociétés à quitter son pays. Se remettre en question pour s'améliorer au lieu de morigéner le premier venu pour mieux s'apitoyer sur son sort, est-ce une attitude trop libérale pour lui ?
A cet égard, le dernier classement du World Economic Forum est assez éclairant : la Suisse offre indubitablement un environnement plus propice aux affaires que son voisin français. Sur l'échelle de la compétitivité planétaire, elle se classe au 8e rang, alors que la France n'est que 30e, en raison notamment d'un déficit budgétaire croissant. En fait, la Suisse a surtout deux atouts sur la France (qu'elle doit d'ailleurs principalement aux derniers gouvernements socialistes...) : un marché du travail beaucoup plus flexible et une fiscalité du travail beaucoup plus douce; alors que le taux des prélèvements obligatoires (cotisations sociales et impôts) sur les salaires avoisine les 50% en France, celui-ci se situe aux alentours de 30% en Suisse. Voilà qui pourrait donner à réfléchir au député français désireux de rendre son pays économiquement plus attractif, non ?
Enfin, avant de nous servir une énième salve de son prêt-à-penser socialiste français, le camarade Montebourg aurait dû prendre langue avec sa collègue de parti, l'actuelle Présidente de la Confédération helvétique et par ailleurs ancienne Ministre des finances de la République et Canton de Genève. Il aurait appris avec intérêt qu'il se trouve des socialistes qui ont compris - dans l'intérêt de leur pays - ce qu'est une fiscalité confiscatoire. Comme quoi le paradis (fiscal) est décidément pavé de bonnes intentions.
pm
Je me rends bien compte que je manque à tous mes devoirs en restant silencieux sur la polémique initiée par Arnaud Montebourg[1] [2]... mais traiter sérieusement le sujet me demanderait un temps dont je ne dispose malheureusement pas ces jours...
Suivi: Jan 05, 17:35