Viols collectifs, tabassages gratuits, rackets: les faits divers impliquant des mineurs ont poussé les partis, en 2007, à monter au front en pleine année électorale. Sous pression, le Conseil fédéral a fini par réagir au phénomène de la violence des jeunes. Sur la base d’un rapport présenté lundi, il entend renforcer la prévention dès 2010, via un programme national limité à cinq ans, et s’attaquer à la consommation de jeux vidéo violents. Le Conseil fédéral soumettra au parlement des propositions pour réduire la consommation de pornographie dure et de représentations violentes. Le fait de nouer des contacts avec des mineurs à des fins sexuelles sur Internet pourrait aussi constituer à l’avenir une infraction pénale. En tout cas, le gouvernement y réfléchit. Il entend également améliorer les bases statistiques qui ont fait défaut pour l’élaboration du rapport. Réaction du libéral-radical genevois Pierre Maudet, président de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse, parue dans Le Temps du mardi 26 mai 2009.
Le Temps: Le rapport avalisé par le Conseil fédéral propose davantage des pistes de réflexion que des mesures révolutionnaires. Déçu?
Pierre Maudet: Un peu. Le rapport est très bon, exhaustif sous l’angle des constats. Mais il est temps de passer de la réflexion à l’action. Lancé sous Christoph Blocher, ce rapport était au départ très ciblé sur les jeunes étrangers et sur l’incarcération. Tel qu’il est présenté aujourd’hui, il a le mérite d’être plus mesuré, de dédramatiser la situation tout en mettant le doigt sur des phénomènes inquiétants comme la banalisation du passage à l’acte, la récidive ou la confusion croissante entre auteurs et victimes de violences. En disant clairement les choses, il porte ainsi un coup de grâce à l’angélisme véhiculé par certains ces dernières années. Mais je constate qu’une fois de plus la Confédération a un peu trop tendance à se reposer sur les cantons au lieu de prendre les choses en main… C’est par exemple le cas en ce qui concerne l’alcool.
– Justement: il estime qu’une législation nationale pour la protection de l’enfance et de la jeunesse n’est pas nécessaire…
– C’est une erreur. Il existe bien un code pénal des mineurs: disposer d’une loi spécifique pour leur protection serait tout autant justifié. Je crois bien sûr en la responsabilité individuelle, mais le principe de non-intervention dans la sphère privée n’est pas sacro-saint. Je vais me battre en faveur d’une telle loi.
– Le rapport souligne que les jeunes violents sont avant tout des garçons «élevés aux valeurs de la virilité et de l’ethnocentrisme». Ceux issus de l’immigration sont proportionnellement plus nombreux, dit-il, «mais leur origine étrangère ne joue qu’un rôle secondaire». N’ose-t-on plus appeler un chat un chat?
– Le rapport ne minimise par les faits, mais pointe un véritable problème d’intégration. Le fait d’être étranger n’est pas en soit un facteur de violence. D’autres paramètres qui se retrouvent souvent chez ces jeunes semblent avoir plus d’influence: le bas niveau d’instruction, les faibles revenus, l’environnement culturel…
– Pour endiguer la violence des jeunes, faudrait-il durcir à nouveau le droit des mineurs?
– Non. De nouveaux outils existent depuis deux ans à peine. Le problème réside au niveau de l’application. L’idée de la réparation, des travaux d’intérêt général, n’est pas assez mise en avant. Certains cantons, comme Fribourg, sont assez progressistes en la matière. Et le conseiller d’Etat Philippe Leuba (PLR/VD) a récemment réussi à faire passer en votation à Palézieux un projet de centre pour délinquants mineurs. Ce rapport aurait dû donner ces exemples et insister davantage sur les conditions d’application des peines. De même que sur la limite temporelle et le besoin de sanctions rapides. Les tribunaux pour mineurs sont toujours engorgés.
– En France, le ministre de l’Education, Xavier Darcos, réfléchit à la création d’une «force mobile d’agents» qui interviendrait en milieu scolaire. Une bonne idée?
– C’est de la poudre de perlimpinpin, une proposition sécuritaire à replacer dans le contexte des élections européennes! Je suis dubitatif quant à la dimension de prévention d’une telle proposition. Faire juste peur n’a jamais bien fonctionné. Des études ont démontré que mettre des enfants en prison est plus criminogène qu’autre chose. Saper le reste d’autorité que l’on confère aux enseignants est le contraire de ce qu’il faut faire. On commence par faire venir la police dans les écoles et ensuite on installe des portiques de sécurité? Si mettre fin à l’angélisme qui entoure la violence des jeunes est nécessaire, il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse.
– Xavier Darcos évoque aussi la possibilité d’introduire des amendes pour les parents «démissionnaires». Qu’en pensez-vous?
– L’enjeu de la responsabilisation des parents est essentiel. Mais amender des parents qui se sentent déjà dépossédés ne me convainc pas. Il faudrait en revanche les convoquer davantage en cas de problèmes ou les associer à la dimension réparatrice. Ce qui me frappe dans tout ce débat est que l’on peine toujours plus à donner un semblant de crédibilité aux propositions que l’on fait.