Sécurité: le bon sens aurait-il déserté Berne ?

On l’a appris hier avec consternation : le Conseil fédéral n’a pas les moyens de recruter de nouveaux gardes-frontière. Ou plutôt, ne veut pas se les donner.

Peu importe que 130 parlementaires fédéraux, tous partis confondus, les réclament avec véhémence. C’est niet. « Former et intégrer à court terme 100 à 200 personnes placerait le Corps des gardes-frontière devant de grandes difficultés. Il aurait de la peine à garantir que son personnel présente le niveau de qualification requis. »

On se pince pour y croire ! En clair, comme on n’est pas sûr de pouvoir former des agents parfaits du premier coup, on préfère ne pas prendre le risque de se donner les moyens d’en former dans le futur. En instaurant ce cercle vicieux, on bloque les effectifs, puisqu’on n’aura jamais assez d’agents pour en former des nouveaux ! Bel exemple d’impasse politique, en totale déconnexion avec les réalités de terrain.
Or les faits sont têtus : le besoin de gardes-frontière supplémentaires n’est pas un fantasme. Les cantons de Genève ou du Tessin peuvent en témoigner, eux qui peinent à assurer des contrôles mobiles efficaces aux abords de leurs frontières respectives, faute de moyens humains suffisants.

A Genève, ce ne sont pas moins de 60 nouveaux postes dont nous avons besoin. Maintenant. Car si Schengen offre des possibilités nouvelles en matière de lutte contre la criminalité, élargissant les zones de contrôle et rendant ceux-ci plus aléatoires et donc moins prévisibles, il faut pouvoir en parallèle se donner les moyens de rendre crédible ce nouveau dispositif

Ce refus de la Confédération passe d’autant plus mal lorsque l’on sait qu’elle vient d’accepter d’envoyer des gardes-frontière suisses surveiller la frontière entre… l’Ukraine et la Pologne durant le prochain Eurofoot. Allô la terre ? Le bon sens aurait-il déserté Berne ?

Comme j’ai coutume de le dire, la politique c’est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. Et donc faire preuve de discernement et de bon sens pour identifier les vrais problèmes. Pour ensuite agir de façon responsable et déterminée pour infléchir le cours des choses. Soit exactement le contraire de ce que le Conseil fédéral est en train de faire.

Recruter et former de nouveaux agents, c’est d’abord une question de volonté politique et de considération pour l’Autorité de l’Etat. Je viens d’en faire l’expérience avec le recrutement – réussi ! – de quelque 50 nouveaux agents de la Police municipale, en partenariat avec les communes genevoises.

A son niveau, la Confédération doit assumer ses responsabilités en matière de sécurité. Et se rendre compte des réalités quotidiennes de cantons qui possèdent davantage de frontière avec un pays limitrophe – dont ils importent logiquement une partie de la criminalité – qu’avec la Suisse. A défaut, la population aura encore un peu plus le sentiment que la politique consiste à déplacer les problèmes plutôt qu’à les dépasser. Comme pour les frontières…

Pierre Maudet

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