Et si l’on se mettait enfin à faire de la politique?

Les urnes ont parlé. La débâcle que tout le monde annonçait pour le Parti libéral-radical n’a pas eu lieu, contrairement à la gifle infligée à l’UDC que peu d’observateurs avaient vu venir. Le «grand vieux» parti ne s’en sort certes pas indemne. A l’instar des autres partis gouvernementaux, il perd des plumes au profit des nouveaux venus, Verts libéraux et PBD, pour atteindre son plus bas niveau historique. Cela doit nous interpeller à plus d’un titre, tant cette recomposition peut générer des effets néfastes pour l’ensemble du pays, si elle ne débouche pas sur un changement d’approche.

Mais de là à affirmer que le centre se renforce, il y a un pas que d’aucuns franchissent un peu vite, sans réaliser que les positions de ces partis qui émiettent la droite dans sa substance en donnant le sentiment de l’élargir ne constituent en rien le renforcement d’un pôle encore bien difficile à cerner et que l’on ne peut en tout cas pas résumer à un hypothétique centre géométrique. Ces positions ne peuvent en effet se réduire à une lecture binaire gauche/droite, mais doivent aussi être lues sous l’angle de l’axe conservateur/réformiste qui fait partie intégrante de la nouvelle grille de lecture.

Par ailleurs, le premier effet de cet éclatement du spectre politique conduira indiscutablement à affaiblir encore le principe de concordance. A peine les résultats connus, voilà que chaque parti se livre à un subtil jeu de billard à quatre bandes, donnant le sentiment pour les sept prochaines semaines, jusqu’à l’élection au Conseil fédéral, que la politique suisse se résume à de la tactique partisane. La concordance, dans ce cadre, consiste à se mettre d’accord sur le plus petit dénominateur commun, à savoir siéger au gouvernement fédéral, nonobstant tout élément de programme.

Ces probables jeux politiciens vont sans doute accroître encore le sentiment que le monde politique vit en vase clos, déconnecté des sujets pratiques qui touchent la population au quotidien, ce que confirme déjà un taux d’abstention supérieur à 50%. Mais pire, il va empêcher de poser les bases de contenu pour la législature à venir, érigeant l’arithmétique en dogme intangible et amenant les partis à négocier d’improbables accords, par définition peu transparents et difficilement traçables. Tout le contraire de ce qu’attendent les électrices et électeurs lambda qui l’ont encore montré dimanche.

Dans ce contexte, pour le PLR, l’enjeu de la prochaine législature serait au contraire de rassembler le centre droit, de s’affranchir des tactiques hasardeuses, et surtout d’anticiper avec courage et lucidité les profonds mouvements de société qui traversent la Suisse en ce début de XXIe siècle. Dans le domaine des assurances sociales, de la fiscalité, de la formation, des énergies, de la sécurité notamment, nous avons besoin de retrouver le goût de l’audace et du renouveau, en analysant sans concession les réalités helvétiques actuelles, par exemple sur le plan de nos relations avec l’extérieur. A condition donc de remiser un certain nombre de mythes. Qui mieux que le PLR peut jouer un rôle pivot dans cette perspective?

Le défi consiste donc à réinjecter tout de suite une dose de politique, au sens le plus noble du terme. En clair, il s’agit à mon sens de poser la question d’une concordance programmatique en lieu et place d’un accord de circonstance, purement mathématique. En d’autres termes, quelle vision pour le pays ont les partis en présence? Et comment peuvent-ils construire ensemble des décisions qui fassent avancer le pays sur la voie de la réforme, quitte à mettre de côté ceux qui jouent uniquement sur les peurs sans les dépasser?

Parce qu’il est un parti qui, génétiquement, cherche et promeut les équilibres, le PLR ne peut exister que dans le mouvement; il ne survivra pas à une situation de «pat gouvernemental». Il ne peut se développer qu’en donnant envie de le suivre, à travers ses idées et ses dirigeants pour les incarner. Et de le suivre pour lui-même, indépendamment des positions de ses alliés ou de ses adversaires d’un jour. Le PLR doit être le garant d’une Suisse confiante, sûre d’elle, qui sait que ses perspectives économiques reposent sur un libéralisme maîtrisé, sur l’ouverture au monde, et qui, avec plus de 70% de sa population résidant dans les villes, assume pleinement son caractère urbain, moderne et innovant.

Le PLR a la chance de pouvoir construire cette nouvelle identité en se basant sur un incroyable héritage politique et un socle de valeurs vieux de plus de 160 ans. Héritage sur lequel les nouveaux partis nés il y a seulement quelques années ne peuvent se reposer, ayant tout à inventer. L’avenir du PLR se joue dans les prochaines semaines et les prochains mois. Son rôle, désormais, doit être celui du partenaire fier et responsable, aux lignes claires et traçables, sans qui les décisions ne peuvent se prendre, celui de pivot en tout point de l’échiquier, capable de compromis, jamais de compromission.

Pierre Maudet

(article original publié le 25 octobre dans le quotidien Le Temps)

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