Allocution à l’occasion de la Fête nationale du 1er août au Parc des Bastions

Cette année, j’ai eu l’honneur et le plaisir de présider la Fête nationale du 1er août, organisée par la Ville de Genève au Parc des Bastions. Cette très belle fête qui a rencontré un grand succès tout au long de la journée…et de la nuit, fut l’occasion pour moi de m’adresser à la population. Retrouvez ci-dessous mon discours dans son intégralité.

Mes chers compatriotes,

Amis de la Suisse, de Genève ou d’ailleurs,

C’est avec un immense plaisir mais également avec une certaine fierté que je prends la parole devant vous ce soir, en ma qualité de Maire de Genève, pour vous adresser d’abord les plus cordiaux messages des autorités municipales à l’occasion de la fête nationale.

Mon plaisir provient précisément de l’accueil aux Bastions d’un hôte d’honneur un peu particulier puisqu’il s’agit sans doute du canton suisse le mieux implanté à Genève, le mieux représenté par ses nombreux produits d’exportation, le mieux à même de comprendre l’esprit frondeur de la Cité de Calvin, j’ai nommé le Valais. Bienvenue chez vous, chers amis valaisans ! Et merci de votre présence nombreuse ce soir, accompagnée d’un magnifique soleil.

Ma fierté quant à elle résulte de la magnifique manifestation que nous vivons en ce moment aux Bastions, pour laquelle je remercie chaleureusement les organisateurs et les participants, qui me permet de confirmer que Genève et ses habitants aiment leur pays plus que quiconque, ce qui en fait la plus belle ville de Suisse. C’est ce que tous les maires de Suisse diront ce soir à leurs concitoyens, mais la différence, c’est qu’à Genève c’est vrai.

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La coutume a voulu que l’on prononçât chaque 1er août un discours en mémoire des trois Suisses aux bras noueux qui fondèrent voilà 720 ans notre glorieux pays. Je ne faillirai pas à la tradition qui permet de revisiter à la lumière du passé quelques interrogations du présent.

A telle enseigne que je placerai ce soir cette allocution sous le double signe de la liberté humaine et de la justice sociale.

Deux notions fondamentales dans le Pacte de 1291 mais aussi dans la Constitution de 1848 et ses suivantes. Deux enjeux essentiels pour le fonctionnement de la société d’aujourd’hui comme d’hier. Deux objectifs incontournables pour quiconque songe à se mettre au service de l’intérêt général, par exemple dans le cadre d’un mandat communal.

Mais surtout deux préoccupations majeures qui trouvent des échos divers dans la vie de tous les jours, comme j’ai l’occasion de m’en rendre compte dans l’exercice de mon mandat, au contact direct et quotidien de la population.

Car ces deux valeurs ont subi de sérieux coups de canif au cours des derniers mois, voire des dernières années si l’on y regarde bien. Les plus résignés mettront cela sur la « malice des temps », pour reprendre l’expression même de l’introduction du Pacte. Les plus réalistes admettront simplement que « les temps ont changé » et que rien n’est jamais définitivement acquis, pour la Suisse comme pour Genève.

En tout état de cause, je ne cesse d’entendre autour de moi la complainte du déclin de la Suisse, de recevoir des courriers pleurant la « Genève d’antan », d’enregistrer des remarques fatalistes du type « de toute façon, nous ne pouvons rien y faire, tout le monde nous en veut ». Un syndrome Caliméro, version helvétique, qui témoigne d’un double sentiment de perte de maîtrise et d’injustice ressenti dans la population.

Et l’actualité nous a servi de multiples exemples de ce syndrome, entre notre vain combat pour le respect de la sphère privée dans le domaine bancaire, le déshonneur subi par les lubies d’un dictateur méditerranéen en voie de déchéance, l’enlisement pathétique et dangereux des réformes de notre armée, l’impossible répartition des sacrifices entre générations en matière de retraites ou d’assurance chômage, jusqu’à l’accaparement de nos rues par quelques escrocs semblant jouir d’une grande impunité. Je comprends ce sentiment de perte de maîtrise avec pour corollaire une perte de confiance dans la classe politique. Et cela m’inquiète.

Car je ne partage pas ce sentiment pour autant. D’abord je crois que les Suisses savent en leur for intérieur que la Suisse ne peut ni ne doit rester immobile. Ensuite je sais que la Suisse ne peut raisonnablement pas céder à la seule tentation du repli et de l’isolement. Enfin, j’ai la conviction que la Suisse ne fera pas le choix du fatalisme, si tant est que ce soit un choix, hélas porté par certains responsables politiques.

Car c’est une chose de reconnaître les difficultés de l’époque, d’admettre des faiblesses et de poser un constat sans complaisance sur la situation du pays. C’en est une autre de sombrer corps et biens dans l’autoflagellation, dans la compromission ou pire, dans l’indifférence. C’est cela qui devient insupportable aujourd’hui, cet abandon de soi, cette capitulation devant la difficulté. C’est cela qui vous exaspère, qui nous exaspère à juste titre.

Mais chacun peut agir, en réalité. Et cette attitude commence au niveau de la commune, devant sa porte. Car avant de blâmer le monde entier, examinons honnêtement nos comportements : nous disons « ça n’est pas grave » quand nous commettons une petite incivilité, et « c’est inacceptable » quand ce sont les autres qui les commettent.

On sous-estime les dégâts que font ces petites agressions quotidiennes, ces feux rouges brûlés par une auto, ces sens uniques remontés par un vélo, ces agressions verbales, ces tags qui maculent les écoles, ce vandalisme rampant. A l’arrivée, notre comportement collectif est parfois celui d’enfants gâtés, toujours attentifs à leurs droits, souvent oublieux de leurs devoirs. Autant de comportements qui constituent de petits foyers que le contenu d’un simple verre d’eau suffirait à éteindre si chacun y prêtait garde, mais qui nécessitent finalement l’intervention des Canadairs lorsqu’il est déjà trop tard.

A cet égard, les Suisses de 1291 ne s’y étaient pas trompés : la sécurité et le bien-être collectif sont d’abord l’affaire de chacun et ensuite l’affaire de tous. Les exigences quant à ses propres droits supposent au préalable la stricte observation de devoirs librement consentis. C’est ce que l’on appelle la responsabilité citoyenne et c’est ce qui évite – c’est ma conviction – que l’on vive sous l’empire de la loi du plus fort.

En d’autres termes, la défense de nos libertés – publiques et privées – et la garantie d’une certaine justice sociale se joue aujourd’hui sur le terrain de la responsabilité d’abord individuelle puis collective. C’est là ma conviction.

Comme c’est ma conviction qu’il s’agit de dire aujourd’hui, haut et fort, que nous souhaitons un pays qui sache tenir son rang. Que nos libertés ne sont pas négociables. Que nous désirons d’abord nous préoccuper de la manière dont on produit des richesses avant de penser à en manger les fruits. Que l’Etat a été créé pour assurer la sécurité des citoyens et de leurs biens et qu’il doit en avoir l’autorité nécessaire. Que l’école doit cultiver le goût de l’effort et du travail, car ce sont là des valeurs auxquelles nous croyons. Que le montant de nos impôts ne doit pas entraver la volonté d’entreprendre. Que nos dettes publiques, qui reportent sur d’autres générations le prix de notre incapacité à faire des choix, n’entrent pas dans notre conception du développement durable.

Autant de déclinaisons de la fameuse devise de 1291 « un pour tous, tous pour un » que nous devons concrétiser dans un monde devenu un, sur un contient qui s’unit, dont les frontières spatiales s’amenuisent avec l’émergence de nouveaux territoires et les frontières temporelles s’allongent avec l’évolution démographique bien connue.

Autrement dit, la Suisse doit aujourd’hui relever le double défi de nouer de nouvelles alliances pour mieux se défendre, en participant plutôt qu’en subissant, et de trouver de nouveaux équilibres notamment entre les générations, en répartissant différemment d’abord les sacrifices puis les richesses.

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Pour moi, la Suisse ce n’est pas une nostalgie. Celle d’un passé que l’on vénère pour mieux oublier les déceptions présentes d’un avenir moins glorieux. La Suisse n’est jamais si grande que lorsqu’elle montre le chemin. La Suisse ce n’est pas un musée, ce n’est pas un parc d’attraction pour touristes, ce n’est pas non plus une réserve d’indigènes en attente de se faire scalper.

Pour moi, la Suisse c’est un projet. Un projet en mouvement dont les valeurs portantes sont intemporelles, mais dont les structures et les acteurs doivent se renouveler en démontrant leur goût du risque et de l’effort et leur capacité d’espérer et d’aimer profondément.

Ne partons pas dans la contemplation d’un passé brillant. Partons à la conquête d’un avenir prometteur que nous ne devrons qu’à nous parce que nous l’aurons voulu.

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Mes chers compatriotes,

« L’Histoire n’est pas faite par des gens qui défendent leur position, mais par des gens qui créent des positions nouvelles » disait Denis de Rougemont. Puissions-nous donner à la jeunesse de notre pays le goût de relever sans tabous ni complaisance, mais avec audace et panache, ces défis passionnants qui se dessinent à l’horizon.

Vive Genève ! Et vive la Confédération suisse !

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Le Valais  à l’honneur, M. Maurice Tornay, Conseiller d’État valaisan, m’a accompagné dans la partie officielle de cette Fête nationale

Pas de Fête nationale sans démonstration de lutte…

Les enfants à l’honneur et des déguisements plus incroyables les uns que les autres!

Un allumage de feu de joie étonnant, sous la vigilance des sapeurs-pompiers de la Ville de Genève

Ces photos ont été réalisées par Fabienne Muller (www.fabiennemuller.ch)

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