La culture a besoin des fonds privés !

Difficultés financières pour le Grand-Théâtre, accouchement pour le moins pénible du projet d’agrandissement du Musée d’Ethnographie, polémique à l’heure du choix du nouveau directeur de la Comédie ; les derniers mois n’ont pas ressemblé à un long fleuve tranquille pour mon collègue Patrice Mugny, à la tête de la culture en Ville de Genève.

Au-delà ces critiques qu’il a pu essuyer, le constat est sans appel. Les seuls fonds publics annuellement consacrés à la Culture, soit 230 millions pour la Ville de Genève et 75 millions de francs pour le Canton, ne suffisent pas à satisfaire l’ensemble de la scène culturelle genevoise.

Historiquement, la majorité rose-rouge-verte s’est souvent montrée rétive aux propositions de dons émanant de partenaires privés et de mécènes, surtout lorsque ces derniers souhaitaient participer à la gestion du projet ou au moins être consultés. Maladroite, cette attitude a conduit certains donateurs à se retirer des négociations (Fondation Wilsdorf ou Safra) ou à créer leur propre musée, tel le musée Barbier-Mueller désormais internationalement reconnu.

Cette approche est heureusement en passe de changer. En effet, si le choix définitif doit revenir aux instances publiques, la tendance actuelle est à l’intégration et à la collaboration étroite avec des partenaires privés, toujours plus investis dans le processus décisionnel des projets institutionnels.

La convention que la Ville de Genève a signé l’année dernière avec la Fondation Gandur est une grande première. Elle permet d’assurer près de la moitié du financement des travaux d’agrandissement du Musée d’art et d’histoire, à savoir 40 millions de francs sur les 100 que devrait coûter le projet. Elle favorise également la collaboration entre la Ville de Genève et le collectionneur en matière de gestion et de mise en valeur des collections du musée.

Cet exemple montre les multiples avantages que les partenariats publics-privés peuvent apporter dans le domaine de la culture. Il doit aussi nous amener à nous interroger sur la place et la visibilité que les instances publiques souhaitent accorder aux partenaires privés.

En France, la rénovation de la Galerie des Glaces à Paris, financée par l’entreprise Vinci pour 12 millions d’euros ou la restauration du Petit Trianon et du Pavillon Français, réalisé grâce à un don de 5 millions d’euros de Nicolas Hayek, ont fait l’objet d’une médiatisation conséquente. La publicité faite autour de ces partenariats publics-privés est logique puisqu’elle représente un juste retour d’investissement pour les mécènes. Reste à l’adapter au paysage genevois et à l’anonymat que revendiquent souvent certains milieux.

Une fiscalité plus avantageuse devrait également encourager le mécénat culturel. La loi sur la dation en paiement, principe fiscal innovant qui permet de payer ses impôts par le biais d’œuvre d’arts, est à ce titre une excellente chose. Au niveau fédéral, depuis l’entrée en vigueur des dispositions fiscales de la réforme du droit des fondations, les déductions sont admises jusqu’à 20% du revenu net avant déduction des prestations bénévoles. Au niveau cantonal, le pourcentage de déduction varie selon chaque canton, Genève restant à ce titre l’un des moins avantageux en comparaison du canton de Bâle traditionnellement très ouvert au mécénat culturel. En témoigne la Fondation Beyeler.

Finalement, l’avant-projet de loi sur les arts et la culture remis au Conseil d’Etat en avril 2010 encourage le partenariat public-privé. Espérons que le Conseil de la culture nouvellement constitué ne se contente pas de « renforcer la dynamique de dialogue et de réflexion entre collectivités publiques et les artistes et acteurs culturels » mais développe des réseaux solides dans un secteur privé qui ne demande qu’à participer activement à la scène culturelle genevoise !

A quelques jours des états généraux de la nuit, le développement des partenariats public-privé est plus que jamais d’actualité. Offrir un large éventail de lieux de culture ne doit pas être uniquement la tâche des pouvoirs publics. Des ponts doivent nécessairement être jeté en direction des partenaires privés.

Je compte en apporter la preuve prochainement !

Laisser un commentaire