Notre sécurité se joue à l’étranger !

C’est une certitude. Un des principaux – si ce n’est le principal – thèmes de cette année d’élections fédérales sera l’immigration. Trop longtemps abandonné à la droite nationaliste, qui en a fait son fonds de commerce, le sujet ne peut désormais plus être évité par les autres partis. Qui tentent de se le réapproprier, parfois de manière peu adroite. Ou trop à droite, c’est selon.

Dans ce domaine, sensible, tout est question de perception. Il y a ceux pour qui les problèmes de la Suisse viennent de l’étranger. Et ceux, dont je fais partie, qui estiment que la sécurité de la Suisse se joue à l’étranger. La nuance est de taille, le risque de confusion élevé, les amalgames sont trop fréquents.

Pour les tenants de la première théorie, le danger, c’est l’autre. L’étranger, sauf s’il participe activement au développement économique du pays, est une nuisance. Pour s’en prémunir, rien de tel que des frontières solides et hermétiques qui protégeront la Suisse de vagues incontrôlées d’immigration et au-delà desquelles on pourra refouler les criminels étrangers. Pour autant, bien sûr, que leur pays d’origine en veuille bien; mais c’est un autre problème.

Pour les seconds, c’est au-delà de ces mêmes frontières, de plus en plus virtuelles, que la Suisse trouvera les réponses à ses problèmes de sécurité. En collaborant avec ses partenaires naturels que sont les Etats membres de l’Union européenne ou en œuvrant à la stabilisation de régions en crise afin d’éviter d’en importer les problèmes.
Les premiers ont besoin de boucs émissaires sur lesquels jeter l’opprobre. Le dernier en date, tout trouvé, est l’espace Schengen, symbole même de la chute des barrières protectrices. Des hordes de criminels venues des quatre coins de l’Europe n’attendaient d’ailleurs que le moment où la Suisse y ferait son entrée pour venir la piller. Les braquages à Genève et au Tessin? C’est Schengen. Les vagues de cambriolages sur l’Arc lémanique? C’est Schengen. La mendicité dans les rues de Lausanne? C’est Schengen.

Les seconds leur rétorqueront que le raccourci est facile et, surtout, trompeur. En effet, les criminels désireux de commettre des forfaits en Suisse, Schengen ou pas Schengen, y viendront tout de même. La libre circulation des personnes a peut-être rendu la criminalité plus mobile, mais elle n’en est pas la source. Avant Schengen, le soi-disant contrôle systématique des frontières ne concernait que 3% des personnes, les 97 autres pouvant entrer et sortir du territoire suisse comme bon leur semble. Et, pour autant que je sache, les 3% contrôlés n’étaient pas tous des criminels.

N’en déplaise aux premiers, les raisons des hold-up et des cambriolages qui défraient la chronique sont à trouver ailleurs.

Non, s’il faut trouver une explication rationnelle à l’augmentation des braquages commis par des individus lourdement armés, c’est par exemple sur la décolonisation que la France n’a pas su gérer qu’il faut pointer le doigt. En créant des ghettos – car il ne s’agit même plus de banlieues – constitués de jeunes immigrés des 3e et 4e générations sans aucune perspective d’avenir, la France a généré une nouvelle forme de criminalité, sans limites, car sans espoir. Ces délinquants, Schengen ou pas Schengen, seraient de toute manière venus chercher l’argent là ou il est.

Début février, à l’heure du bilan 2010, le commandant des gardes-frontière bâlois confirmait que ces criminels d’un genre nouveau avaient une plus grande facilité à employer la violence, la valeur d’une vie humaine ayant visiblement baissé à leurs yeux. Affirmer que c’est la chute des frontières qui est à l’origine de cette modification de comportement serait bien évidemment de l’escroquerie intellectuelle.
En accusant Schengen de tous les maux, les premiers se trompent de cible. Et, une fois de plus, mélangent tout. L’espace Schengen crée les conditions-cadres de la libre circulation des travail­leurs et donc de la prospérité économique de l’ensemble du continent européen, Suisse comprise. Il n’est pas responsable des nouvelles formes de criminalité qui ont germé en Europe et qui, qu’on le veuille ou non, touchent notre pays. Pas plus qu’il ne l’est des problèmes que peut poser une immigration mal maîtrisée.

Les tenants de la politique de l’autruche ont une guerre de retard. En considérant les frontières comme une menace, ils ne voient pas que ce sont les menaces qui n’ont plus de frontières. Le niveau d’analyse a changé, les moyens d’action aussi. De toute manière, avec près de 70 points de passage pour une frontière d’environ 100   km, Genève, pour prendre cet exemple, n’est pas – et n’a ja­mais été – capable de contrôler l’entier du trafic entrant et sortant.

Les frontières nationales doivent être dépassées afin de penser la sécurité en termes d’espace régional. Lutter efficacement contre les bandes de braqueurs lyonnais, extrêmement mobiles, ne peut en effet se faire qu’en permettant aux policiers français d’intervenir sur le territoire genevois et vaudois, et réciproquement. Mais également en renforçant sensiblement les moyens à disposition des cantons pour faire face à ce nouveau type de criminalité. Réclamée depuis trop longtemps, la création d’une véritable réserve fédérale de police, engageable sur l’ensemble du territoire national, n’est désormais plus un vœu pieux; c’est une nécessité.

En entrant dans l’espace Schengen, la Suisse a accédé à une base de données gigantesque, lui permettant de gagner ainsi en efficacité pour rechercher des criminels sur tout le territoire européen. Ce que les polices suisses réalisaient tant bien que mal au niveau intercantonal à la fin du XIXe   siècle en identifiant un délinquant habitant Zurich ayant cambriolé une villa dans le canton de Vaud, elles le font au­jourd’hui avec un Lituanien dont elles demanderont l’arrestation en Hongrie!

La sécurité de la Suisse se joue à l’étranger et passe par la coopération. Le nier est simplement irresponsable. Tout comme refuser d’admettre, à gauche, que la plus grande sévérité doit être de mise à l’égard des délinquants étrangers qui violent les lois suisses, auxquels les procédures de renvoi existantes doivent être appliquées. Sans concession.

Commentaires (2)

  • Laurent Campiche

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    Oui j’en suis convaincu. Elle ne se joue pas seulement à l’étranger, c’est à l’étranger qu’elle se justifie le plus. Il suffit par exemple d’examiner la situation Maghreb – Machrek pour constater que tout se joue entre les frontières Schengen et les pays concernés et non à l’intérieurs de l’espace proprement dit. Dans cette exemple la sécurité est polymorphe puisqu’elle fait appel aux moyens traditionnels (police, armée, gardes frontière, diplomatie etc…) mais aussi et surtout à des actions humanitaires classiques et particulière (ingérence) sur le théâtre même des opérations. S’il n’est pas encore possible d’obtenir un consensus pour interdire l’espace aérien Libyen il n’aura fallu que quelques heures pour que tout le monde s’entende sur la nécessité de coordonner et de collaborer.

    Ayant participé aux opération de maintien de la paix, notamment dans les Balkans, je peux mesurer aujourd’hui avec la première génération des enfants de la guerre combien il fut capital et déterminant pour eux que la Suisse participe à l’effort collectif de maintient de la paix mais plus encore, c’est en discutant avec les gens d’ici que l’on mesure l’importance que représente la participation de la Suisse dans de telles actions.

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  • Pierre Maudet

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    Cher Monsieur,

    Votre témoignage et votre soutien ont d’autant plus d’importance à mes yeux qu’il proviennent d’un homme ayant connu la réalité du terrain et qui connaît l’importance de régler les problèmes en amont.

    Il me conforte également dans l’idée que les très hautes compétences que possède l’Armée suisse dans divers domaines doivent d’avantage être engagées dans des pays en crise ou dévastés par des catastrophes naturelles. D’autant que ces compétences sont reconnues par nos partenaires, qui les réclament.

    N’hésitez pas, à l’avenir, à me faire part de vos remarques !

    cordialement

    pm

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