Prévenir le surendettement des jeunes : de la parole aux actes !

Régler ses achats de tous les jours avec une carte de crédit, se payer des vacances au soleil en empruntant de l’argent, s’offrir une voiture en leasing : vivre au dessus de ses moyens n’a jamais été aussi facile que de nos jours.

Et d’autant plus pour les jeunes, plongés dans une société où on leur fait croire que consommer, c’est exister. « Avec CREDIT-now, vos rêves deviennent vite réalité ! »

La réalité, c’est surtout, et trop souvent, le début d’une spirale menant à l’endettement, touchant les jeunes de plus en plus tôt.

Les chiffres sont là pour le prouver. En 2007, en Suisse, les jeunes de moins de 25 ans représentaient déjà près de la moitié des bénéficiaires de l’aide sociale. Un quart d’entre eux sont endettés.

Et il y a fort à croire que cette tendance va aller en s’accentuant. La Suisse ne découvre en effet que depuis peu la culture de la vie à crédit, que connaissent depuis longtemps les pays anglo-saxons. Avec les ravages que l’on connaît : des jeunes qui arrivent à l’âge adulte déjà criblés de dettes et n’ayant d’autre solution que de prendre un abonnement à vie à l’aide sociale.

Les sociétés qui octroient des petits crédits ne sont certes pas seules responsables de cette situation. Mais elles doivent assumer leur part de responsabilité, en mettant la main au porte-monnaie pour financer des campagnes de prévention auprès des jeunes.

En 2007, dans son rapport « Jeune et pauvre : un tabou à briser ! », la Commission fédérale de l’enfance et de la jeunesse, que je préside, démontrait clairement qu’un des facteurs de la pauvreté des jeunes est leur surendettement. Elle proposait une mesure simple, mais pouvant se révéler extrêmement efficace : proposer aux entreprises de crédit à la consommation d’affecter librement 1% de leur chiffre d’affaires à des services de conseil budget et de prévention de l’endettement.

Restait à passer de la parole aux actes, en trouvant un soutien politique pour mettre en œuvre cette proposition.

C’est chose faite depuis lundi : une initiative parlementaire a été déposée au Conseil national par le libéral-radical genevois Hugues Hiltpold, soutenue par une quinzaine de conseiller nationaux, de droite comme de gauche. Elle demande au Conseil fédéral de compléter la Loi fédérale sur le crédit à la consommation par un dispositif incitant les sociétés de crédit à la consommation à financer des programmes nationaux de prévention.

Espérons que le sept Sages comprendront enfin que le problème du surendettement de jeunes, si l’on ne fait rien pour le prévenir, constitue une bombe à retardement, aux conséquences économiques et sociales catastrophiques.

Commentaires (2)

  • beatrice fuchs

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    Bonsoir Pierre,

    Ton article est très bien rédigé, il fait part d’une problématique que je connais pour travailler dans un domaine qui traite du contentieux à longueur de journée.

    Le Canada est très en avance sur nous, puisqu’il a développé beaucoup de programmes en milieu scolaire, parfois sous une forme très ludique. Et puis, il y a eu une campagne en Suisse, surtout dans la régiion alémanique, que tu dois connaître Max Money.

    Prévenir le surendettement est une très bonne chose, sur le plan genevois, il y a un effort qui a été consenti; en effet, des collègues mais aussi membres de ma Direction vont expliquer le contentieux et ses répercussions aux classes d’apprenants notamment au CEPTA.

    A voir le nombre de poursuites toujours plus croissant, tu as raison de dire que le surendettement est une bombe à retardement, qui a des répercussions très importantes tant sur les budgets des jeunes mais aussi peut causer passablement de problèmes au niveau privé (difficultés de trouver un travail, un logement, etc), de nombreux obstacles en fait.

    Cordialement,

    Béatrice FUCHS

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  • Venchiarutti-Tocmacov

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    Salut Pierre,

    Heureuse de voir les choses avancer pour les jeunes de cette façon sur cette bombe à retardement à laquelle nous sommes confrontés chaque jour à Pro-jet en suivant une centaine de jeunes quotidiennement et qui,pour un gros pourcentage, ne peuvent plus reprendre de formation de type CFC car leur dettes le leur empêche.

    Tu connais certainement le projet du « bateau-lavoir » qui a été rénové par l’association du bateau lavoir avec l’aide de la ville de Genève notamment et qui est mis à concours pour une gérance du restaurant, le but étant d’y faire travailler les jeunes en difficultés pour leur première expérience métier.

    Nous allons répondre à l’appel d’offre avec un concept allant justement pleinement dans ce sens, à savoir :

    -La proposition d’une gérance d’un restaurant offrant petit-déj avec un artisant boulanger régional, un plat du jour à 12 frs et des after work tous les soirs de 18h à 20h avec le vendredi soir « after work soirée Jazz-blues de 18 h à 22h00 et pour l’instant un brunch par mois le dimanche

    -Le but est d’y faire travailler des jeunes, certains salariés, comme opportunités de travail d’acquisition d’expérience, mais également de plan de remboursement de dette, d’autres en stages.

    -Ils seront accompagné en parallèle env. 10% comme dans notre concept « Mr and Mrs Clean » dont je t’avais parlé, pour préparer leur avenir ou leur présent. Entre autre, dans l’accompagnement, la mise en place d’un cursus « plan de désendettement par le travail », mais également « faire un budget et le tenir » avec un suivi hebdomadaire sera mis en place dans le concept.

    -L’objectif est de pouvoir permettre à certains de sortir de la spirale de l’endettement par le travail même si cela leur prend 9 mois ou 1 an et demi de travail au bateau lavoir, tout en préparant l’avenir et en donnant du sens à la consommation. L’autre objectif est bien évidement les opportunités de construction de ses 1ère expériences professionnelles, voire le « formatage » positif au monde économique.

    -Ne croyant pas au « getho » de type « on met tous les jeunes en difficultés dans le même lieu et on prie pour que ça marche (rarement!) », nous prévoyons d’avoir une mixité de jeunes adultes y travaillant : du jeune sur endetté qui a besoin de rembourser ses dettes en ayant un salaire fixe durant un temps donné, à l’étudiant qui doit travailler en parallèle car il veut reprendre des cours du soir pour assurer son avenir, au « ptit jeune » sorti du cycle, ayant raté quelques marches et qui doit se confronter à la vraie vie pour remonter son avenir, ou a celui qui veut faire un stage.

    Ce projet va pour nous totalement dans le sens d’endiguer, avec des solutions concrètes comme la mise au travail de ces jeunes qui ont parfois également d’autres aspects a travailler, la problématique du sur endettement en agissant en prévention et sur le fait même.

    Me réjouis de voir les suites du dépot,
    Bien à toi,
    Laura

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