Redonner à la police les moyens d’accomplir ses missions

«Faire reculer l’insécurité, c’est ouvrir toutes les pistes pour concourir à cet objectif. Et d’abord redonner à la police [nationale] et à la justice les moyens de remplir leurs missions. La sécurité est une mission régalienne de l’Etat.»

J’aurais pu entamer ce texte par cette phrase, sans utiliser de guillemets. En tant qu’homme de droite, magistrat libéral radical de la Ville de Genève, j’adhère en effet totalement aux principes qu’elle véhicule. C’est pourtant une femme de gauche qui l’a prononcée il y a quelques jours. Et pas n’importe laquelle, puisque ces mots sortent de la bouche de Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste français. Qui poursuit, dans les colonnes du Monde: «Le déploiement, plus large, d’une police des quartiers contribuera, par la proximité, à plus d’efficacité.» Redonner à la police les moyens d’accomplir ses missions, réaffirmer le rôle de l’Etat, miser sur la proximité; tout y est.

En Europe, à gauche comme à droite, le constat est clair. En milieu urbain, dans des contextes sécuritaires dégradés, on ne lutte efficacement contre la délinquance que par une présence active et visible de forces de police en uniforme (armées ou non), représentant l’autorité. Couplée à une justice ferme et diligente.

Cette réalité, certains ne veulent pourtant toujours pas la voir. Notamment à Genève où une partie de la gauche municipale vient de proposer de remplacer des postes d’agents de police, devant être créés l’année prochaine, par des… médiateurs culturels. Le nombre de postes remis en cause n’est certes pas énorme. Mais au-delà de l’aspect comptable, c’est le signal donné qui est catastrophique; et irresponsable.

En matière de sécurité, Genève sort de 20 années de laxisme qui l’ont laissée dans un triste état. Il faut en effet que la Ville et le canton soient tombés bien bas pour que certaines zones se voient qualifiées de «quartiers perdus» par l’actuelle conseillère d’Etat en charge de la Police. Et qu’on ne vienne pas me dire que l’on crie au loup! S’il y a un domaine où Genève est champion de Suisse, ce n’est ni en foot ni en hockey: c’est en matière de criminalité. Avec 143,3 infractions pour 1000 habitants, le canton arrive en tête du classement, la moyenne suisse étant plus de deux fois inférieure. Il est certes difficile de comparer la criminalité entre Genève et Schwyz. Mais certaines statistiques parlent d’elles-mêmes: entre 2008 et 2009, les vols à l’arraché ont augmenté de 31%!

Ces dernières années, les quartiers des Pâquis et des Eaux-Vives, étaient devenus le paradis des dealers, des «zizous» et autres délinquants multirécidivistes qui non seulement empoisonnent la vie des habitants, mais contribuent aussi grandement à une rapide dégradation de l’image de Genève à l’étranger. Le touriste lambda de retour chez lui après s’être fait détrousser sur le chemin le menant de la gare Cornavin au bord du lac ne constitue en effet pas franchement le meilleur ambassadeur qui soit pour la Cité de Calvin et la Suisse en général.

Il y a à peine plus d’une année, lorsque les habitants des Pâquis, lassés de la passivité de l’Etat, décidaient de faire appel à une société privée pour patrouiller dans les rues, le conseiller d’Etat socialiste de l’époque donnait son feu vert! Quid de la fameuse mission régalienne de l’Etat? Quid de la responsabilité politique d’assurer la sécurité des citoyens? En autorisant des agents privés sur le domaine public, l’Etat donnait un signal clair: celui de sa démission.

Treize mois plus tard, le constat est un brin plus réjouissant. Pourquoi? Parce que la police – cantonale et municipale – a repris pied dans les quartiers, en y assurant une présence renforcée, le plus souvent à pied, réaffirmant ainsi l’autorité de l’Etat. La volonté ainsi exprimée est limpide: le sentiment d’impunité totale dont bénéficiaient bon nombre de délinquants a vécu.

Afin de pouvoir participer pleinement à cette reprise en main des quartiers, la police municipale, qui dépend de mon Département, a entamé une profonde mue depuis le début de l’année. Autrefois plus connus pour leur aptitude à «bûcher» plus vite que leur ombre les automobilistes mal garés, les policiers municipaux (appelés jadis agents de sécurité municipaux) disposent désormais d’une large palette de compétences, issues d’une nouvelle loi cantonale. Leur mission première est de connaître parfaitement le tissu social et économique des quartiers dans lesquelles ils évoluent, par une attitude proactive vis-à-vis des acteurs qui les font vivre. Avec pour but de désamorcer les problèmes en amont, misant sur la prévention. Le volet répressif n’intervient qu’en dernier recours. Mais les agents disposent de cette corde à leur arc. Instrument que n’a pas et n’aura jamais un «médiateur culturel» ou un animateur socioculturel.

A côté des nouvelles prérogatives dont sont désormais dotés les agents, la stratégie de police de proximité voulue par l’exécutif de la Ville prend forme jour après jour et débouchera sur la création de trois nouveaux postes implantés dans les quartiers, avec pignon sur rue.

La force de la nouvelle police municipale est double: axée sur une volonté de contact permanent avec la population, elle mise clairement sur la prévention. Dotée d’uniformes et de prérogatives de répression, elle est à même d’affirmer l’autorité de l’Etat et de la faire respecter.

Genève a besoin d’une police forte et dotée de suffisamment d’hommes et de femmes. Pour éviter de connaître à nouveau l’émergence de «quartiers perdus». Il en va de l’intérêt de tous. De la population, mais aussi des partis politiques de gauche comme de droite modérée, qui éviteront ainsi de créer les terreaux propices à la peur de l’autre, là où naissent les initiatives et les sentiments de rejet que savent si bien exploiter les mouvements populistes.

Commentaires (1)

  • Steph

    |

    Bonjour,

    En tant que maire de droite et concernant votre action anti-tag, êtes-vous familier avec le concept du « carreau cassé », élaboré par des criminologues ?

    S.

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