Je me battrai pour que l’UDC puisse défendre ses idées, aussi infectes soient-elles

L’UDC en remet donc une couche. Un slogan bien provoc’, un visuel choc, un raisonnement simpliste ; la recette est connue. Après les moutons noirs, les rats et corbeaux dépeçant la Suisse ou encore les minarets transformés en missiles, les murs de la Ville se couvrent maintenant du faciès patibulaire d’Ivan. S., estampillé violeur et… étranger.

Après avoir posé la question à mes collègues, le Conseil administratif a en effet renoncé à interdire les affiches du parti blochérien. Et j’en suis heureux. Tout d’abord parce que j’estime que Genève est et doit rester un bastion de la liberté d’expression. Selon le principe que même si « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, […] je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire ». Dixit Voltaire.

Mais aussi parce qu’interdire ce type d’affiches, c’est estimer que la population n’a pas les moyens de les décoder elle-même. En d’autres mots, « prendre les gens pour des cons ». Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil aux résultats des votations qui ont été précédées des campagnes les plus racoleuses pour se convaincre, si besoin est, que la population ne goûte pas vraiment à la prose de l’UDC : le 29 novembre 2009, Genève refuse l’interdiction des minarets à près de 60%, alors que la Suisse dit oui à près de… 60%. Le 1er juin 2008, elle balaie l’initiative voulant instaurer des naturalisations « à la sauce UDC » à plus de 82% ; soit 20% de plus que le reste de la Suisse.

Genève, de par sa diversité culturelle et sociale, est naturellement préparée à faire face et à contrer le populisme qui a fait de la peur de l’autre son fond de commerce.

Et je suis persuadé qu’à force de ne baser sa communication que sur la provocation et des effets d’annonce qui, le plus souvent, ne débouchent sur rien, les petites provoc’ de l’UDC vont finir par lasser. Ce qui ne doit pas empêcher les autres partis gouvernementaux de se demander pourquoi leurs propres campagnes sont si molles et ne parlent pas à la population.

Commentaires (9)

  • Voltaire

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    Il n’est pas sûr que Voltaire aurait dit ça s’il avait vécu au milieu du XXème siècle. Je suis encore moins persuadé qu’on le citerait, dans les cercles libéraux, s’il avait encouragé ou aidé Hitler à exposer ces idées.

    Toutes idées ne sont pas à défendre, sinon il faudrait aussi défendre les pédophiles, les fous de dieu, les assassins.

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    • Pierre Maudet

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      Cher Monsieur,

      Il n’est ni question d’encourager , ni de défendre les idées dont vous parlez.

      Mais de laisser à ceux dont elles émanent la possibilité de les exprimer. Libre ensuite à la population d’en penser ce qu’elle veut.

      Avec mes meilleurs messages

      Pierre Maudet

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  • Sofie

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    S’il ne s’agit pas de défendre les idées extrêmes, en tolérer leur diffusion comporte aujourd’hui un danger: les techniques de communication utilisées par certains partis sont les mêmes que celles utilisées pour «emballer» le consommateur. Certains messages instillés de manière insidieuse et régulière peuvent émousser le jugement. La parade réside dans l’information, la contre information, la démonstration et le recul. Le citoyen X dispose-t-il vrament de cela?

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  • Pierre Maudet

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    Laisser à l’UDC la liberté de placarder ses affiches et ses messages douteux ne va bien entendu pas sans poser de problèmes.

    Le risque existe évidemment que certaines personnes n’aient pas le recul nécessaire pour analyser les raccourcis simplistes utilisés.
    Mais je reste persuadé que la population, dans sa grande majorité, a les armes intellectuelles nécessaires pour démontrer les raisonnements simplistes de l’extrême droite; qui plus est à Genève, qui s’est construite sur la multiculturalité.

    Quant à ceux qui ne les possèdent pas, nous – partis politiques n’ayant pas fait de la xénophobie notre cheval de bataille – devons nous efforcer de les leurs offrir.

    Avec mes meilleures messages

    Pierre Maudet

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  • Peter Köppel

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    Je vois le pour et le contre, je penche plutôt du côté de Maudet, mais il me manque une dimension qui me paraít importante: est-ce qu’il n’y a pas une responsabilité de la communauté pour ce qui se manifeste sur la place publique? Est-ce qu’il n’y a pas comme un « oui » basique, initial, à tout ce qui fait son apparition sur cette place? Le symbole diabolique, n’a-t-il pas déjà porté son coup avant que n’arrive l’argument de celui ou de celle qui raisonne?

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  • William Rappard

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    Sur le principe, je considère, comme Monsieur Maudet, que toutes les opinions doivent pouvoir s’exprimer au grand jour, aussi stupides, simplistes et dangereuses soient-elles.

    Ce qui me gène profondément en revanche, c’est que cette simple question, relevant plus de la forme que du fond, monopolise les énergies des autres partis, des média et de la population qui, du coup, n’en ont plus assez pour s’intéresser… au fond, justement.

    Parce qu’au fond, les initiatives et propositions de l’UDC, comme d’ailleurs celles de notre MCG local, sont dangereuses pour l’économie (refus de l’extension des accords bilatéraux aux pays de l’est), pour l’image de notre pays (minarets) et pour sa cohésion sociale (politique des étrangers).

    J’irai plus loin : contrairement à ce que prétendent les partis populistes susnommés, leurs idées vont à l’encontre des traditions helvétiques séculaires.

    Tâchons de ne pas oublier que la Suisse a bâti sa prospérité et sa stabilité politique en réunissant des populations initialement fort différentes (tant linguistiquement que religieusement) sous une même bannière. Dans le contexte du 19ème siècle, un catholique haut-valaisan et un protestant genevois étaient aussi différents que peuvent l’être aujourd’hui un Suisse et un Kosovar. Et pourtant…

    L’ouverture à l’autre, à l’étranger, et son intégration dans le tissus social et politique sont bien plus que des idéaux. Ces valeurs sont celle qui, depuis la main tendue de Dufour aux cantons catholiques séparatistes, caractérisent l’essence de la Suisse.

    Dès lors, loin de défendre les traditions nationales suisses, les partis populistes œuvrent à leur démantèlement.

    Dans le même esprit, force est également de constater qu’en associant les idées de sécurité et d’exclusion, les partis populistes favorisent en réalité l’insécurité et la violence. De la stigmatisation naissent en effet la révolte, la frustration et la violence. Cette réalité, dont les exemples concrets sont légion à travers l’histoire et le monde, semble pourtant absente des discours politiques, autant que je puisse en juger, du moins.

    Il est grand temps que les partis politiques dits « normaux » démontrent aux citoyens, par des discours aussi simples et percutants que ceux de leurs adversaires, que les programmes politiques de l’UDC et du MCG sont en réalité la négation des valeurs qu’ils prétendent défendre.

    En d’autres termes, au lieu de disserter sur la forme de la propagande des adversaires, peut-être est-il temps de s’en inspirer mais, cette fois, pour « remettre l’église au milieu du village », tout simplement.

    Opposons au simplisme des mauvaises idées, la simplicité des bonnes !

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  • Pierre Maudet

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    Je suis entièrement d’accord avec vous quant aux campagnes de l’UDC et aux messages qu’elles véhiculent. Elles détruisent en effet petit à petit à petit ce qui a fait la grandeur et la prospérité de la Suisse: son ouverture vers l’autre et sa capacité à faire cohabiter ensemble et sur un territoire restreint un grand nombre de cultures et de sensibilités différentes. Le problème est que les autres partis, le « mien » en tête, ne savent plus que réagir et ne prennent plus l’initiative, laissant à l’UDC le soin de dicter le calendrier politique. Celle-ci ayant compris la force et l’efficacité de slogans simples, les résultats sont dévastateurs. Mais rien n’empêche les autres partis d’utiliser les mêmes vecteurs…

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  • Gaëlle

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    Sur quelle base légale le canton de Genève pourrait-il interdire les affiches de l’UDC?

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    • Pierre Maudet

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      Chère Madame,

      La base légale pour interdire une affiche se trouve dans la loi cantonale sur les procédés de réclame (F 3 20), à son article 9, alinéa 1.

      Dans les faits, c’est le Canton qui exerce cette prérogative, même si elle appartient également aux communes, en droit .

      Cordialement,

      Pierre Maudet

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