Révision de la loi sur le chômage, mauvaise nouvelle pour les jeunes.

Mauvaise nouvelle pour les jeunes, hier, avec l’acceptation de la révision de la loi sur l’assurance-chômage. Une fois de plus, ce sont eux qui vont porter la part la plus importante des sacrifices à consentir pour assainir une assurance sociale dont la mauvaise santé ne leur est en rien imputable.

Mais le plus important n’est peut-être pas là. Le problème, c’est que ce vote populaire ne résout rien quant au chômage des jeunes. En effet, restreindre l’accès des jeunes aux prestations de l’assurance-chômage, ça n’est pas encore leur donner les moyens de rejoindre le marché du travail.

En d’autres termes, le vote d’hier laisse le problème entier, qui voit de nombreux jeunes se former avec certificat à la clef mais ne pas arriver à poser le premier pied dans le marché du travail. Ou du moins, ne pas arriver à décrocher autre chose qu’un stage précaire, auquel succédera un autre stage, et ainsi de suite.

Contrairement à ce qu’on a beaucoup entendu durant la campagne, les jeunes ne retrouvent pas si facilement du travail après une période de chômage. En témoignent les quelque 120% d’augmentation de jeunes chômeurs de longue durée (supérieur à 1 an) entre 2009 et 2010.

C’est à eux et à leurs futurs congénères qu’il va maintenant falloir penser. Dans ce contexte, la loi sur l’assurance-chômage n’est définitivement pas le bon moyen d’agir. Il s’agira par exemple de développer la formation continue, concrétiser le principe des études à temps partiel, ou encore faciliter l’engagement de jeunes chômeurs de longue durée.

Autant de projets qui ne deviennent que plus urgents avec le vote d’hier. Je me réjouis d’y travailler !

Commentaires (4)

  • Bertrand Reich

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    Les assurances sociales sont nées à la fin du 19ème siècle (merci Bismarck) et restent imprégnées du paternalisme de cette époque, ainsi que de l’idée que l’argent est LA solution. Ce dont tout un chacun a besoin, c’est d’abord de dignité et de la possibilité de gagner sa vie (savoir et pouvoir pêcher plutôt que de recevoir un poisson). L’ambition de celles et ceux qui ont achevé leur formation n’est évidemment pas de recevoir des prestations du chômage. Depuis 1880 la société a évolué et les assurances sociales devraient aussi entamer leur mutation, pour passer du « filet social » au « tremplin social » et permettre à ceux qui en ont besoin et la capacité de rebondir – les jeunes étant les premiers concernés. Alors oui, Pierre, tu as tout à fait raison : au-delà du vote de ce week-end, il convient de favoriser l’accès au marché de l’emploi et la valorisation des compétences (dûrement) acquises et c’est une chance pour notre société que tu t’engages à vouloir la faire évoluer en ce sens.

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  • Auberson Claude

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    Il y a un problème de ce côté, certaine personnes ont simplement oubliés que ces jeunes chomeurs paierons peut être encore leurs AVS, a moins qu’ils ne décident de ne payer plus que jusqu’à 80ans et ceux qui dépassent cette année… Non soyons optimiste et pensons que notre jeunesse aura les yeux plus ouvert. Merci a tous ceux qui ont confiance en notre jeunesse.

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  • William Rappard

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    Le marché du travail est de plus en plus encombré et les jeunes diplômés (quel que soit leur formation) sont aujourd’hui soumis à une rude concurrence, eu égard au nombre de places disponibles.

    Force est d’admettre que les travailleurs étrangers sont souvent mieux armés (notamment en termes de motivation) que les locaux dès qu’il s’agit d’aligner les heures de travail harassant et répétitif pour des salaires qui, s’ils semblent dérisoires ici, leur assurent un avenir confortables chez eux.

    Telle est la réalité du marché du travail suisse (et de la majorité des Etat développés) et j’ai envie de dire que c’est de bonne guerre. Tel est probablement le prix à payer pour la prospérité dont nous avons bénéficié depuis plus d’un siècle pendant que d’autres, ailleurs, crevaient de faim.

    Aussi, faute d’alternative, les jeunes s’inscrivent au chômage et y restent tant qu’ils n’ont pas trouvé d’emploi correspondant à leurs compétences et aspirations. Là encore, j’ai envie de dire que c’est de bonne guerre.

    Le marché suisse de l’emploi demande à la jeunesse d’aujourd’hui de se former durant de longues années, d’acquérir des compétences extrêmement pointues et variées (langues, maîtrise des outils informatiques notamment). Ce qu’elle fait, du reste, les jeunes diplômés n’ayant jamais été aussi nombreux en Suisse. En échange, le marché n’offre à cette jeunesse sur-qualifiée aucune garantie d’emploi.

    N’oublions pas qu’il y a encore trois ou quatre décennies, une « simple » maturité était encore considérée comme la voie royale vers l’emploi. Nombre de capitaines d’industrie et de dirigeants politiques « de la vieille école » n’ont ainsi jamais entrepris de formation universitaire, ce qui ne les a pas empêchés de mener des carrières qui semblent aujourd’hui inaccessibles, même aux plus brillants académiciens actuels.

    Dans d’autres pays, une telle « injustice générationnelle » conduit la jeunesse dans les rues à chaque réforme. Chez nous, elle est trop préoccupée par son avenir pour le faire.

    Aussi, il convient de se demander quelles pourraient-être les alternatives au chômage en Suisse pour nos jeunes ?

    Un emploi à l’étranger en début de carrière, par exemple. Nos jeunes diplômés (quels que soient leurs domaines de compétence) pourraient ainsi faire valoir à l’extérieur l’excellence de la formation qu’ils ont reçue en Suisse. A leur retour, leur expérience professionnelle à l’étranger et ce qu’ils en auront retiré (nouvelle langue, adaptabilité, enrichissement culturel) constitueront des atouts concurrentiels de choix pour obtenir un poste en Suisse. Les exemples de ce type de « win-win situations » ne manquent pas.

    Alors certes, l’encouragement à l’expatriation pour lutter contre le chômage semble être une mesure drastique, difficile à faire avaler à l’électorat. Mais une telle mesure, pour autant qu’elle soit mise en place intelligemment, serait très certainement en phase avec notre société globalisée. Elle répondrait qui plus est à une demande de la population, dont une part non négligeable ne rêve que d’expérience à l’étranger.

    Cette mesure, une sorte de programme « Erasmus » professionnel, permettrait, à long terme, de favoriser l’ouverture vers l’extérieur, la création de réseaux de compétences transnationaux et, in fine de remettre la Suisse en phase avec sa vocation internationale.

    Autrement dit : Genève est un petit canton dans un petit pays. Pour pérenniser notre économie, notre jeunesse n’aura d’autre choix que de se tourner, encore plus qu’aujourd’hui, vers l’extérieur. A l’Etat de l’accompagner dans cette démarche.

    Parallèlement à cela, il est urgent de favoriser et de faciliter l’entrepreneuriat en Suisse. Notre pays fait l’objet d’une densité réglementaire importante. La complexité législative qui régit la vie des petites et moyennes entreprises constitue souvent un frein à l’initiative ou, en termes économiques, une barrière à l’entrée.

    A défaut de pouvoir rapidement simplifier la loi, l’Etat doit, à mon sens, mettre de gros moyens en œuvre pour accompagner les créateurs d’entreprises dans leurs démarches.

    Allégements fiscaux durant les premières années d’exercice, incitation à l’embauche, conseils prudentiels aux entrepreneurs, mise à disposition de locaux commerciaux à prix corrects sont autant d’outils à disposition de nos dirigeants pour favoriser la création de nouveaux emplois locaux.

    Je ne doute pas que de nombreuses initiatives étatiques concrétisent déjà, à plus ou moins grande échelle, les idées évoquées ci-dessus. Mais encore faut-il les développer et les faire connaître au public !

    La révision de la LACI a eu lieu, comme vous l’écrivez, au détriment des jeunes. On peut le regretter. Elle devrait toutefois permettre, à moyen terme, d’économiser de l’argent. En contrepartie de ces économies réalisées sur le dos de la jeunesse, l’Etat devrait avoir à cœur de lui offrir des perspectives d’avenir en – et hors – la Suisse.

    Ces perspectives, et les fonds nécessaires pour en favoriser l’accès, ne représentent pas une dépense à fonds perdus, mais au contraire un investissement qui s’avérera, j’en suis convaincu, fort profitable à long terme.

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  • Pierre Maudet

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    Cher Monsieur Rappard,

    Vos idées en matière d’emploi des jeunes vont, à mon avis, dans le bon sens. Permettre et surtout encourager les jeunes diplômés d’aller se confronter à d’autres réalités à l’étranger ne peut être qu’une bonne chose. La situation économique privilégiée qu’a longtemps connu la Suisse (et qu’elle connaît toujours, mais dans une moindre mesure), ainsi que son marché de l’emploi relativement paisible, ne nous ont jamais vraiment poussé à nous battre pour obtenir un emploi. Goûter au monde du travail de pays où la compétition est nettement plus rude permettra à coup sur aux Suisses de s’aguerrir et d’y glaner des compétences supplémentaires.

    Le peuple ayant fait le choix de réduire les prestations des jeunes en matière d’assurance chômage, il est évidemment du devoir de la Confédération, en contre partie, de leur offrir un meilleur soutien pour effectuer la jonction entre la fin des études et l’entrée dans le monde du travail. Ceci afin de ne pas créer une catégorie de jeunes qui, n’ayant pas (plus) le droit au chômage, finiront dans le giron de l’aide sociale. Nous devons également repenser nos modes de formation, en les orientant d’avantage vers des débouchés « concrets » et en offrant très tôt aux jeunes la possibilité de confronter leurs connaissances théoriques au monde du travail.

    En me réjouissant de pouvoir en parler avec vous de vive voix, je vous adresse, Cher Monsieur, mes salutations les meilleures.

    Pierre Maudet

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